Glaser contre Goliath

Aujourd’hui nous apprenons une nouvelle qui nous déçoit, nous révolte, nous attriste même. La Scotch Whisky Association, grand lobby des gros producteurs de whisky, bras armé de Diageo et consorts, menace Compass Box d’une procédure en justice pour non respect de ses règles. John Glaser nous aurait-il menti sur le contenu de ses bouteilles ? Non. Peut être a-t-il fait travailler des enfants, forcé des gens à ingurgiter du William Peel par litres ? Non. Ce qu’a fait John Glaser est bien plus grave. Il a donné la composition de ses blends…

Private Whisky Society

Reprenons depuis le début. Depuis 1994 John Glaser tord le cou aux traditions en créant des blends et blended malts, souvent exceptionnels et plébiscités, dont le but avoué est de procurer un maximum de plaisir. Au diable le carcan des biens pensants de l’immobilité, voir de l’immobilisme.

Déjà reprit par la SWA lors de la création de son Spice Tree, car il rajoutait des douelles de bois à l’intérieur de ses fûts pour maximiser les notes en provenance de ces derniers, c’est cette fois ci pour une raison bien plus grave d’après la SWA, bien plus triviale de notre point de vue, qu’ils décident de brandir la menace d’un procès.

L’erreur, que dis-je, le scandale, l’acte d’infamie de Compass Box a été de… fournir au public la composition de ses blends/blended malts. Si vous étiez au whisky Live, vous avez très certainement pu voir sur le stand de la marque les fiches techniques des dernières créations de John, le Flaming Heart 5th Edition et le This is Not a Luxury Whisky. Seulement voilà, la SWA est toute chafouin. Car d’après elle, on ne peut faire de publicité à propos de la composition des blends.

Magnus Cormack, Directeur des affaires légales de la SWA, nous rappelle que d’après le paragraphe 12.3 de la loi de régulation sur les spiritueux n°110/2008, « il ne peut être spécifié, dans la description, la présentation ou l’étiquetage d’un spiritueux que l’âge du composant le plus jeune entrant dans sa composition. » En fait on reproche à Compass Box d’être trop précis dans sa description.

Aujourd’hui où traçabilité et transparence sont de mise, on reproche à un embouteilleur de nous dire ce qu’il met exactement dans ses blends, un comble pour les défenseurs du Malt. Car si cette loi permet de ne pas faire de fausse publicité sur le contenu d’une bouteille, comme dire que c’est un 40 ans d’âge alors qu’une partie, même mineure, de la composition serai plus jeune. On ne voit cependant pas bien l’intérêt de reprendre quelqu’un donnant un surplus d’information dans un but avoué d’honnêteté vis-à-vis du public. Car John nous donne la totalité des composants de ses productions. Et quand on voit le prix des produits Compass Box, on aime bien savoir ce qu’il y a dedans, même si le rapport qualité/prix est toujours au rendez vous. Cela ressemble plus à une croisade de l’establishment contre l’innovation. On a avalé notre verre de travers en apprenant cette nouvelle.

Du coup Compass Box a été forcé de retirer les recettes de son site internet. Mais si vous cherchez un peu, vous devriez pouvoir les trouver. En plus pas besoin de chercher bien loin, si vous voyez ce que je veux dire… (Nous avons fait les notes de dégustation récemment).

Il est assez rare pour nous de faire les révolutionnaires effarouchés, mais là nous ne comprenons pas la réaction de la SWA. Depuis l’arrivée de pays producteurs comme la France, la Suède, l’Inde ou encore Taïwan qui surfent sur la vague des consommateurs en quête de nouveautés, on aurait pu penser que les écossais feraient preuve d’ouverture d’esprit pour récupérer les parts de marché qu’ils se sont fait grignoter petit à petit. Au lieu de ça, c’est l’immobilisme qui est de mise. Surtout ne touchons pas au sacro-saint Single Malt Scotch Whisky. Heureusement que la SWA n’est pas représentative de l’ensemble des producteurs écossais. Nous souhaitons bon courage et longue vie aux précurseurs et aux innovateurs qui doivent se battre pour faire bouger les lignes. Après tout, la tradition d’aujourd’hui n’est-elle pas l’innovation d’hier ?

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