Quatrième partie : La Whisky Bible

C’est le retour de la bibliothèque maltée, avec aujourd’hui Bruno qui nous apporte son ressenti et pose son regard sur un livre souvent polémique ces dernières années, la Whisky Bible de Jim Murray.

Private Whisky Society

Le premier, que disons le de suite, je déteste et déconseille. Le best seller mondial « The whisky bible » de Jim Murray. Y a tout de même un côté mégalo et à écrire une bible, et à déposer son nom comme marque, mais bon. Jim Murray est certainement un expert dans son domaine, nul ne peut le contester. Il est d’ailleurs un des juges de l’IWSC (International Wine and Spirit Competition).Il est compétent puisqu’il a été rémunéré comme consultant par Ardbeg, Balvenie et une distillerie US. Il l’est sans doute moins lorsqu’il donne trois notes différentes au même (strictement, identique) whisky d’entrée de gamme de la distillerie Heaven-Hill commercialisés sous trois noms différents (Dixie Dew, JW Corn et Mellow Corn). Peut-être note-t-il le nom du flacon ? Mais rappelons que la dégustation d’un whisky se fait au final avec le cerveau, et qu’a priori les cerveaux sont différents d’un individu à l’autre. Ce qu’aime Jim Murray, vous n’allez peut-être ne pas l’aimer. Certes le goût s’éduque et est très dépendant de la culture (quoique ce mot veuille dire) du pays. Sinon pourquoi y aurait-il des embouteillages réalisés pour le marché Chinois ou d’autres pour le marché Américain et même certains pour nous autres Français (Aberlour et la France : une histoire d’amour, et comme souvent aussi de pognon, z’avez déjà divorcé?), les plus grands buveurs de whisky dans le monde ? Mais cette remarque s’applique peu ou prou à l’ensemble des livres donnant des notes. Le site web des malts maniacs fait lui la moyenne d’une dizaine de notes (et on remarque des écarts importants) de différents dégustateurs. Non, son businnes c’est de vendre le plus de livres possibles chaque année en désignant le tant attendu whisky de l’année. Il a ainsi fait la mode des whiskys japonais, et cette année la polémique en désignant comme meilleur whisky du monde le Canadien Crown Royal Northern Harvest Rye. Et aucun single scotch dans les cinq premiers. Forcément ça provoque plein d’articles dans la presse spécialisée, mais aussi dans la presse générale. Et ça fait vendre son livre d’une part et le whisky élu d’autre part (attention je ne dis pas que Jim Murray « touche » des pots de, heuh, whiskies qui influenceraient son choix, je ne dis pas non plus qu’il n’en touche pas!).

Et cette année il répertorie 4 600 whiskies. Un petit calcul : s’il les a tous testé il en a bu une moyenne de 12 verres par jour. Je réclame les résultats d’une ponction biopsie hépatique pour évaluer l’état de son foie. Une autre possibilité est qu’il recycle des notes anciennes. Son goût serait stable à ce point ? Est-ce fair play de comparer un whisky que vous venez de goûter à un autre que vous avez testé il y a looooooooooooongtemps ? Même s’il recrache ce qu’il a en bouche, peut-on vraiment se rappeler le 12 ème du 75 ème testé avec une précision d’un demi point (sur 100) ? Et cela ne vous est jamais arrivé de trouver un whisky bien meilleur un jour plutôt qu’un autre. La science nous apprend que nos papilles gustatives sont les plus performantes à 10 heures du matin, ce qu’avait bien saisi Jean-Pierre Coffe et Winston Churchill, pardon Sir Winston Churchill, qui commençaient leurs journées continues de buveurs à 10 heures ? Je ne suis pas un expert, je n’ai qu’une cinquantaine de bouteilles ouvertes chez moi, mais je sais ce que j’aime et ce que j’exècre (dans cette catégorie un compass box : juvenile, et le profil 00 de la collection « the ten » de LMDW). En plus de se prendre pour Dieu il parle de Lui à la troisième personne, et ça, ça m’énerve. Et forcément les notes de dégustation sont le plus souvent très courtes (3 à 5 lignes) on ne case pas 4 600 whiskies dans 380 pages en étant très disert. Quand la note atteint ou dépasse les 90, le commentaire est cependant plus long. Le grand avantage de ce livre c’est son format : c’est le seul qu’on peut caser dans une poche arrière d’un jean Edwin en toile selvedge. Bon finalement à avoir car au final sur la plus part des whiskies qui scorent plus de 90, je suis d’accord avec son avis. Attention, il a la notation généreuse souvent 7 points de plus que ses confrères. J’aime bien le terme confrère : entre confères on se déteste, entre collègues on s’apprécie ! Mais à prendre avec précaution pour ce qu’il est le plus souvent un outil marketing d’un auto-proclamé guru (sic) du whisky qui malheureusement, comme Dieu, fait un peu la pluie et le beau temps sur le chiffre d’affaires des distilleries dont il proclame un des flacons le meilleur du monde ! Roh, et ses yeux photoshopés sur la couverture de ses livres, j’hésite entre une obscénité de mauvais goût, de la pornographie, ou un narcissisme exacerbé. Ah, un tout petit détail Crown Royal est une marque de Diageo, et les sixième Canadian Whisky Awards lui ont préféré Lot No 40. Mais un caviste de Vancouver qui avait un stock de 240 bouteilles les a vu disparaître en deux heures, dès que la nouvelle de la décision de Jim Murray a été connue, et très accessoirement son prix est passé de 30 dollars à 100 dollars en une journée ! Qu’un seul individu, si expert soit-il, puisse avoir un tel pouvoir sur l’industrie, la mode et les goûts je ne pensais cela envisageable qu’en Corée du Nord. Ah, pour finir, dans l’édition 2015 il se moque de notre cognac à nous autres grenouilles.

Première partie: les ouvrages de LMDW

Deuxième partie: 101 whiskies, Ecosse, Irlande, Etats-unis, Japon

Troisième partie: The Malt Whisky Yearbook

Cinquième partie: Guide de l’amateur de malt whisky

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